Sabrina Mariez

L’homme est une femme comme les autres

Cette série est née de ma rencontre avec le travesti Lachantal Peemzhawell. Elle met en scène, de façon théâtrale et parodique, la quotidienneté banale et rituelle vécue par la femme (se maquiller, faire les courses, sortir les enfants, aller au travail, faire du sport, s’injecter du botox, suivre un régime, accomplir son devoir conjugal...) Bien que moderne, cette femme reste toujours prisonnière d’une vie réglementée par des normes sociales ainsi que de son apparence physique (objet de désir). Étant consciente de la monotonie de sa vie, elle est envahie par la tristesse et commence à rêver d’une autre vie.

En plaçant un homme travesti dans ce rôle, je casse les conditionnements sociaux, je relance le débat sur le genre et la transsexualité, je revendique la liberté d’être différent, de vivre sa vie comme telle dans l’acceptation de tous, loin du conformisme générale.

«Quand les contes se terminent, à quoi rêvent les princesses ? Quand la vraie vie reprend, que se disent-elles? Regards dans le vide. Gestes suspendus. Parfois l’amorce d’un sourire. Souvent une tristesse étrange. Être femme, c’est donc ça ? Rêver d’être une femme, c’est donc ça ? Une cuisine, une chambre, un salon, une salle de bain. L’allée d’un jardin public, les rayons d’une supérette. Et au milieu, la solitude. Des instants à la mélancolie diffuse.

Dans des décors surannés, étrangement lynchiens (une tête de cerf improbable est accrochée à un mur, une peluche pend à une main, un caddie déborde de produits), Sabrina Mariez interroge nos clichés, nos a priori sur le genre et ses représentations. Avec la complicité de son amie la chanteuse travestie Lachantal Peemzhawell, la photographe saisit sur papier argentique, cadrée comme un tableau, l’identité floue d’une existence fantasmée.

Modernité absolue de ces images résolument vintages, comme sorties d’un rêve éveillé : cette série retourne comme un gant le débat sur les théories du genre, pour mieux affirmer - non sans un humour discret - son féminisme. L’homme est une femme comme les autres, nous disent les photos de Sabrina Mariez.

Au spectateur d’y déceler les récits de sa vie, de son identité. Et se questionner enfin : et moi, qui suis-je ?»

Philippe Ragueneau

© Copyright - Sabrina Mariez - I Saw it First - Photographe

Last Update 25/01/2016

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